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  • Sujet n°3 – Conséquences individuelles et sociales, positives et négatives, de l’issue du stade du miroir

Sujet n°3 – Conséquences individuelles et sociales, positives et négatives, de l’issue du stade du miroir

Sujet n°3

Conséquences individuelles et sociales, positives et négatives, de l’issue du stade du miroir

Sujet 3 Stade Miroir Lacan Illustrations-entête

N’hésitez pas à compléter ce travail avec vos propres recherches en commentaire.

Détails sur le travail

Specifications

Catégorie(s) concernée(s) : Stade du miroir
Auteur : Kevin Madegard
Publié le : 28 décembre 2023

Points évoqués

Stade oral précoce

Stade oral tardif / cannibalique

Stade anal

Stade sadique anal

Stade phallique

JE / JEU devant le miroir

Symbiose / Anaclitique

Françoise Dolto et Jacques Lacan

Accès au symbolique

La place du père

Psychose

Mélanie Klein

Effets positifs individuels et sociaux

Effets négatifs individuels et sociaux

Différence père / mère devenue complexe ?

On a tous nos petits problèmes

Note d'introduction

Ce devoir a été rédigé le 28 décembre 2023, après un an de formation auprès de mon organisme de formation, l’EFPP d’Aix en Provence. Il s’agit de mon troisième rendu auprès de l’école, et j’espère que le résultat vous intéressera. Bonne lecture !

Un avant, et un après…

Prélude

L’étude de la psychologie du bébé / de l’enfant est complexe, mais passionnante. Elle aide à mieux comprendre l’adulte dans ses éventuelles difficultés. Parmi les fondamentaux, nous retrouvons le concept de « stade ». Le concept de « stade » fait référence à une période spécifique du développement de l’humain sur le plan psychoaffectif et sur le plan social.

Ces stades devront donc être franchis pour permettre le développement psychique et identitaire, la compréhension relationnelle, la mise en place de certains mécanismes de défense (le Surmoi), et enfin, pour travailler / la mise en place des dynamiques psychiques ultérieures (conflits résolus ou non résolus, pulsions, conflits œdipien…).

Selon les psychanalystes qui seront « choisis » comme référence, les interprétations qui seront faites autour de ces stades seront différentes. Pour faciliter la lecture de ce devoir, j’ai choisi de représenter via une frise chronologique ces différents stades (voir annexe 1), en intégrant du mieux que j’ai pu les différentes interprétations de Sigmund Freud, Mélanie Klein, René Spitz, Françoise Dolto et bien sûr, Jacques Lacan.

Cette représentation visuelle permet de comprendre plus rapidement où Jacques Lacan a souhaité rajouter un stade supplémentaire à ceux de Sigmund Freud, tout en le comparant aux autres interprétations de ses consœurs et confrères. Le stade développé par Jacques Lacan s’appelle « le stade du miroir », et aurait des conséquences individuelles et sociales, positives ou négatives sur l’individu selon son issue. Je ferai en sorte de détailler ces conséquences, tout en permettant la compréhension des origines de celles-ci.

Il est à noter que j’ai délibérément négligé la période de latence (6 ans / puberté) et le stade génital (puberté et au-delà), car ils ne m’ont pas servi dans le cadre de ce devoir. En effet, je n’ai pas senti le besoin de les détailler pour permettre de développer mon raisonnement sur le stade du miroir, bien que ces deux stades soient impactés par celui-ci (notamment pour l’apprentissage, la vie amoureuse).

3 Table des matières

Introduction

Traiter un sujet tel que celui-ci, c’est un peu comme raconter une histoire. Sauf que celle-ci, nous l’avons tous partagé à un moment de notre vie, chacun à notre manière. C’est l’histoire de la construction de notre perception du monde, de nos interactions avec notre environnement, et du développement de notre personnalité.

Impossible avec un tel sujet, de n’avoir qu’un seul point de vue. Le manque d’altérité sur celui-ci serait d’ailleurs un comble. Il est donc aisé de comprendre pourquoi il existe plusieurs modèles / regards quant à l’interprétation de ce chemin, que nous devrions toutes et tous parcourir.

J’aurai pu axer ma réponse sur l’unique stade contenu dans l’énoncé du sujet, c’est-à-dire le stade du miroir. Mais je tenais à évoquer les autres pour permettre une meilleure vue d’ensemble.

I. La « position » du stade du miroir par rapport aux autres

Il est recommandé de consulter ce chapitre en ayant l’annexe 1 en parallèle. Cette annexe s’intitule : Frise chronologique des stades de développement de l’enfant. Je précise que toutes les plages temporelles des stades fournies sont indicatives, car chaque enfant est unique, et rend une précision à ce niveau impossible.

Les stades que je vais exposer sont appelés les « stades prégénitaux ». Ils doivent être traversés par l’enfant avant d’atteindre sa « majorité » psychosexuelle. Le dernier stade représentant cette maturité est le stade « génital » (où « normalement », la libido sera principalement dirigée vers des objets 1 externes, le but ultime étant l’établissement d’une relation sexuelle mature et aimante).

1Définition de « objet » : Dans la métapsychologie, l’objet est lié à la pulsion : l’objet est ce en quoi et par quoi la pulsion peut atteindre son but. À l’origine il ne lui est pas lié, mais lui est adjoint comme moyen particulièrement apte à rendre satisfaction. Le terme évolue à travers toute l’œuvre de Freud, de l’Esquisse à ses derniers écrits. Dans la première topique, c’est l’organisation pulsionnelle qui prime dans les théorisations. Freud parle d’« état objectal » ou plus tard de narcissisme primaire, il a toujours évoqué la nécessité de la rencontre entre un besoin (plus tard un désir) et un objet qui puisse le satisfaire, cet « objet » est alors identifié à « la mère ou à son substitut ».

Wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Objet_(psychanalyse)

Annexe 1 : Frise chronologique des stades de développement de l’enfant

Frise chronologique des stades de développement de l'enfant

a. Stade oral précoce (0 à 6 mois)

Le premier stade s’amorce dès la naissance et se prolonge jusqu’à environ 6 mois. Il est désigné par Freud comme le stade oral. Durant cette phase, le nourrisson est animé par un principe de plaisir et de toute-puissance. À ce stade précoce, sa réalité se limite à ce qu’il ressent. Si l’attente du sein maternel s’avère trop longue, il développe la capacité de s’auto-satisfaire en suçant ses propres doigts ou pouces, engageant ainsi un processus d’auto-érotisme pour faire face à l’angoisse.

Entre la naissance et les 4 premiers mois, Mélanie Klein décrira quant à elle une position schizo-paranoïde, caractérisée par un mécanisme de défense appelé le clivage, permettant au bébé de faire face aux angoisses extérieures, aux conflits internes et aux sentiments contradictoires (le sein nourricier désigné comme « bon », et le sein qui fait attendre désigné comme « mauvais »). Cette phase schizo-paranoïde est suivie de près par la phase dépressive. Une phase où l’enfant réalise qu’il aime et déteste le même objet (sa mère). La haine de la mère engendrera la crainte de sa destruction, et bébé voudra donc « recoller » la relation fusionnelle. Le Surmoi fera une brève apparition ici, engendrant de la culpabilité. Cette période prendra fin quand le bon objet sera introjecté de manière stable et durable.

René Spitz quant à lui qualifiera la période de 0 à 6 mois de « stade symbiotique », indiquant que le bébé est fusionné avec le corps de sa mère, ne faisant qu’un avec elle. Le bébé n’a pas encore conscience de son propre corps.

Durant la période de 4 à 6 mois, Jacques Lacan constatera que face à un miroir, l’enfant réagira comme si il voyait un autre enfant. Il y reconnaitra sa mère. Mais il ne comprendra pas que ce qu’il voit n’est qu’une image.

b. Stade oral tardif / cannibalique (6 à 12 mois)

Viens la seconde partie du stade oral, nommée le « stade oral cannibalique » ou « stade oral tardif (6-12 mois) ». Durant cette phase, on observe l’émergence de la poussée dentaire, marquant la fin de la succion mais l’apparition de l’incorporation par morsure. C’est également la période du sevrage, où l’absence de la mère peut susciter l’angoisse du huitième mois.

Pendant que Freud parlera de sevrage, René Spitz parlera de stade anaclitique (rejoignant en quelque sorte la théorie de Margaret Mahler nommée « séparation-individuation »), et Jacques Lacan évoquera le fameux stade du miroir. À cet instant, nous voyons bien que l’enfant parvient à distinguer le Moi du non-Moi, et qu’il lui apparaît la possibilité de se détacher de la figure principale pour aller s’attacher à d’autres. Je rajouterai des éléments plus tard dans ce devoir pour préciser les conditions nécessaires au « bon fonctionnement » du stade du miroir.

c. Stade anal (1/2 vers 3 ans) – Moi et non-Moi

Comme le stade oral, le stade anal est décomposé en deux parties. La première se situe de 1 / 2 ans vers 3 ans. Durant cette première partie, l’enfant continuera d’explorer le Moi et le non-Moi au travers de ses fèces, où il découvrira le « plaisir » de les expulser ou de les conserver.

d. Stade sadique anal (18 mois à 3 ans) – Pulsions agressives et pouvoir

Durant cette seconde partie, intervenant de 2 à 3 ans, l’enfant obtiendra sa première interaction avec une forme de « pouvoir », de part cette faculté à pouvoir agir sur l’intérieur et / ou l’extérieur de son corps. Il apprend à dire « non » (car c’est aussi la phase d’apprentissage du langage), et jouera avec son « pouvoir de destruction » (avec ses fèces, ou bien ses jouets). Cette explication est simplifiée, car l’objet pulsionnel ne peut être réduit aux fèces : la mère (et plus généralement l’entourage), est également un objet partiel à maîtriser et manipuler.

e. Stade phallique

De 3 à 6/7 ans, les zones génitales deviennent la zone érogène dominante. L’enfant analyse les relations autour de lui sous cet angle, ce qui l’amène à jouer un scénario inconscient qui est l’œdipe. L’œdipe, de par le conflit avec le parent du sexe opposé, viendra d’autant plus marquer la séparation avec la figure principale, et installera une notion plus importante du Surmoi, grâce au processus global du développement psychosexuel et social.

En effet, cette étape permettra à l’enfant d’intégrer les règles et les normes morales de la société, représentées initialement par les parents. Le Surmoi agira comme une instance de censure morale et guidera le comportement de l’individu en fonction des normes socialement acceptées. Plus tard dans ce devoir, d’autres notions de ce stade seront décrites pour développer davantage l’Œdipe.

Résumons : entre 0 et 7 ans, l’enfant traversera trois stades qui lui permettrons (ou pas) de développer sa maturité psychosexuelle, psychique, émotionnelle, identitaire, et social. Le stade du miroir lui, se positionne pendant / durant le stade oral. Nous avons commencé à voir que ce stade du miroir permettait à l’enfant de distinguer le Moi du non-Moi, d’envisager la séparation avec la mère, et de se trouver d’autres figures d’attachement, lui permettant d’avoir accès à l’individuation. Je vais à présent me focaliser sur le stade du miroir pour le décrire davantage.

II. Le stade du miroir

Reprenons depuis le début. Le stade du miroir est une notion un peu à part, caractérisée comme une étape « imagée » du développement. Cette scène où un enfant se tient debout à quatre pattes devant un miroir, avec un adulte en arrière-plan est effectivement très symbolique.

a. Le JE / JEU devant le miroir

On a commencé à le voir : c’est à ce moment que se joue la question du JE, de l’individu, de l’unicité et de la construction du corps, impliquant ainsi la construction du moi. Le moi représente l’unicité psychique, entre la construction du corps et la capacité à se « subjectiver ».

« Subjectiver » signifie avoir la conscience d’être un être distinct de l’autre, marquant une transition fondamentale du « stade symbiotique » (fusion avec l’autre) vers le « stade anaclitique » (reconnaissance de l’autre comme différent, mais avec un besoin de lui). On l’avait vu avec René Spitz dans la description du stade oral.

Faisons un peu d’étymologie pour appuyer ces propos :

Symbiose 2 : Il dérive du mot « symbiosis », qui est composé de « syn » signifiant « ensemble » et « biosis » signifiant « vie ». Ainsi, « symbiotique » évoque une relation où deux organismes vivent ensemble de manière étroite et mutuellement bénéfique.

Anaclitique 3 : Il dérive du mot grec « anaklisis », qui signifie « se coucher sur », « s’appuyer sur ».

Dès le prélude, j’avais indiqué que l’étude de la psychologie du bébé / de l’enfant aidait à mieux comprendre l’adulte dans ses éventuelles difficultés. En voici un exemple : les notions de « symbiotique » et d’ « anaclitique », qui peuvent être observées dans la clinique des adultes, notamment dans les relations de couple, les troubles paranoïdes, les états limites et certaines dépressions atypiques entraînant des modes de relation biaisés et des troubles anxieux. Le « morcellement » peut se rajouter à la liste de ce qu’on peut analyser chez l’enfant, pour mieux comprendre l’adulte (dans certaines de ses angoisses par exemple).

Revenons au stade du miroir. Durant la phase symbiotique décrite par René Spitz, lorsque le bébé se présente devant le miroir, il n’a pas conscience de son propre corps. Bien qu’il ait des perceptions intéressantes dès l’âge de 4 mois, explorant son corps et celui des autres de manière sensorielle et morcelée, il n’a pas encore intégré complètement les limites corporelles. Donc face au miroir, l’enfant voit quelque chose, mais il ne sait pas encore ce que c’est, ni ce qui le distingue.

Plus tard, lors du stade anaclitique, l’enfant pourra s’observer avec une fascination jubilatoire. Mais à un moment donné, il pourra également ressentir une forme d’angoisse, marquant une prise de conscience neurologique qu’il n’est pas simplement face à une image, mais à l’altérité.

Il voit son corps pour la première fois dans son intégralité. Et il peut même le vérifier puisque quand il bouge, qu’il recule, qu’il ferme les yeux, qu’il fait des mimiques, etc…. Il a la réciprocité de ce corps complet. Donc il y a vraiment une construction à partir de la perception réelle de l’imaginaire, de son propre corps. C’est-à-dire que l’image va permettre de construire une représentation dans sa tête. Il ne se voit pas morcelé de sa différenciation, et il n’est pas l’autre. L’enfant perçoit une image unifiée et complète de lui-même, même si en réalité son corps est fragmenté et désorganisé (de par son organisation psychique précédente basée sur les « sensations »). Cette image unifiée devient l’idéal du moi, une image idéalisée et souvent inatteignable qui influence la construction ultérieure de l’identité.

Reprenons sur la confrontation entre la différence perçue entre l’image qu’il avait de lui dans sa tête, et celle qu’il voit dans le miroir : si il est différent, et qu’il n’est pas morcelé, ça veut dire que cet ensemble baigne dans un environnement. Et dans cet environnement, qu’est-ce qu’on y trouve ? Des objets. Jouer devant le miroir avec des objets, des poupées par exemple est intéressant. La poupée est inanimée, malgré le fait de l’image. Donc elle est un objet. Mais lui par contre, il est acteur sur son propre corps, et il s’anime par lui-même.

Un ballon devant le miroir, ou une poupée posée devant le miroir, ne pourra pas faire comme lui. Ce jeu va créer quelque chose de très jubilatoire chez l’enfant, avec des différences de lecture suivant qu’on est plutôt du côté Dolto ou Lacan.

3 – Etymologie récupérée sur Wikipedia. Lien : https://fr.wikipedia.org/wiki/Symbiose

4 – Etymologie récupérée sur Wikipedia. Lien : https://fr.wikipedia.org/wiki/Anaclitique

b. Françoise Dolto VS Jacques Lacan

Pour Françoise Dolto, le miroir est un outil comme un autre de différenciation et d’individuation, entre soit et l’autre etc. Pour elle, le Stade du Miroir n’est pas seulement une expérience visuelle, mais aussi une étape où l’enfant commence à utiliser le langage pour exprimer ses besoins et ses désirs. Elle met en avant l’idée que l’enfant utilise son corps comme un moyen de communication et de compréhension du monde qui l’entoure.

Pour Jacques Lacan, ce stade représente un moment crucial où l’enfant éprouve une unité imaginaire et narcissique avant d’entrer dans le registre symbolique et linguistique. Le Stade du Miroir est, pour Lacan, une expérience qui a des implications profondes sur la formation du moi et du désir. Lacan parle de désir car le Stade du Miroir introduit la notion du manque dans le psychisme de l’enfant. En voyant son image complète dans le miroir, il expérimente un moment de bien être imaginaire. Cependant, ce bien être est trompeur, car il cache le manque fondamental qui caractérise le désir humain (manque de l’unité avec la mère). Ainsi, le désir est intrinsèquement lié à la conscience du manque.

Il met en avant le concept d’aliénation, soulignant la division entre l’image idéalisée du moi (l’idéal du moi) et la réalité subjective de l’individu. Concrètement, cela explique comment le moi naît dans le processus de la reconnaissance du reflet.

La divergence entre Dolto et Lacan peut donc découler de leurs emphases respectives sur la communication, le langage et la symbolisation. Dolto accorde une grande importance à la parole et à la communication dès le plus jeune âge, tandis que Lacan explore plus en profondeur les dynamiques psychiques à travers les concepts tels que l’imaginaire, le symbolique et le réel.

c

c. Qu’est-ce que l’accès au symbolique ?

L’accès au symbolique est un processus plus complexe qui implique la capacité de l’enfant à entrer dans le langage, à utiliser des symboles, à participer à des échanges symboliques avec les autres, et à intégrer les structures symboliques de la société. Ce processus dépend de nombreux facteurs, notamment le contexte familial, l’éducation, les expériences sociales, et la capacité individuelle de l’enfant à développer des compétences linguistiques et symboliques.

Le concept de l’entrée dans le registre symbolique, chez Lacan, est lié à des stades ultérieurs du développement psychique, notamment le stade du miroir, le Nom-du-Père, et le complexe d’Œdipe revisité par Lacan. L’accès au symbolique implique également la capacité de l’enfant à se confronter au manque et à composer avec les désirs et les règles sociaux.

« L’enfant ne grandit pas dans un cocon, mais dans les épreuves qu’il rencontre (exemple : appren-tissage de l’attente, de la frustration…) » 4

4 – Cours n°13 : À propos de Lacan – Métapsychologie – M. Hervé Madet

d. La place du père

Pourquoi parler de la place du père après avoir parlé de l’accès au symbolique ? Le Nom-du-Père est une notion clé introduit par Lacan pour expliquer le rôle symbolique du père dans le développement psychique de l’enfant. Après avoir dit que l’enfant découvre le Moi et le non-Moi, son idéal du Moi, et à la possibilité de se trouver de nouvelles figures d’attachements : la place du père est toute désignée. Et ce n’est même pas pour une question de parité, mais de nécessité d’après Lacan.

Le « Nom-du-Père » représente la loi symbolique qui vient couper l’identification exclusive de l’enfant à la mère et lui permet d’intégrer pleinement l’ordre symbolique, le langage, et à devenir un individu socialisé.

Tout ceci prévient contre la psychose, bien que pour être atteint de ce trouble, c’est principalement du côté de la vulnérabilité génétique que cela se passe, même si c’est sujet à débat. Ce trouble peut aussi être déclenché / stimulé par des facteurs environnementaux (stress, traumas, difficultés, …). On pourrait comprendre que l’origine vient un peu des deux, mais avec une plus grande place pour la cause génétique.

La psychose est vue comme un trouble où le sujet a des difficultés à s’inscrire dans l’ordre symbolique. Le « Nom-du-Père » intervient généralement dans le contexte du complexe d’Œdipe. On l’avait vu, c’est à travers cette notion que l’autorité symbolique du père est instaurée, mettant en place des interdits, des règles et des normes sociales.

Sans cette introduction, la barrière entre le monde interne du sujet et le monde externe peut devenir floue, entraînant des perturbations dans la construction de la réalité. Et, effectivement, La psychose est souvent associée à des ruptures dans la structure symbolique, et à une difficulté à distinguer la réalité de l’imaginaire. Dans la psychose, on retrouve aussi une relation de continuité avec les objets, et une difficulté à intégrer la capacité à tolérer la frustration liée à l’absence de l’objet aimé. Le Moi est en conflit avec le monde extérieur. Le symbolique finalement, pourrait être vu comme une interface pour pouvoir comprendre / s’ouvrir aux autres et à son environnement.

Mélanie Klein dans son analyse du complexe d’œdipe, vient en quelque sorte compléter Lacan en disant que l’accès au père se fait sous condition : que la mère désir le père, et que l’enfant perçoive ce désir.

Résumons depuis le début : J’ai commencé par détailler les différents stades pour pouvoir comprendre où se situait le stade du miroir dans le développement de l’enfant. J’ai comparé la vision de Françoise Dolto et de Jacques Lacan sur le stade du miroir, introduit la notion du symbolique, du Nom-du-Père, et de la psychose… tout semble prêt pour pouvoir parler des effets positifs ou négatifs, individuels ou collectifs, de l’issue du stade du miroir.

III. Effet positifs individuels et sociales à l’issue du stade du miroir

Imaginons que le stade du miroir soit une fenêtre spéciale qui nous tire hors de la symbiose, nous pousse à l’individuation, et nous ouvre sur le monde. Cette fenêtre, le miroir, nous révèle à nous-mêmes pour la première fois. Et c’est comme si elle préparait le terrain pour que nous puissions ensuite nous ouvrir à d’autres fenêtres : celles qui donnent sur le monde extérieur.

Cette fenêtre donnant sur l’extérieur sera la genèse de la mise en place de ce qui est nécessaire pour que les individus interagissent les uns avec les autres, et contribuent à la formation de la société. D’un côté, le Stade du Miroir contribue à la création d’individus distincts et autonomes. De l’autre, ces individus pourront ainsi jouer leur rôle dans la dynamique sociale et contribuer à la diversité et à la complexité de la société. Cette autonomie facilite également la participation constructive dans des interactions sociales variées, contribuant ainsi à la richesse des relations interpersonnelles.

Prendre conscience de son propre corps, réaliser sa singularité et découvrir la possibilité d’interagir avec les autres représente une opportunité enrichissante vers le monde extérieur. L’utili-sation du miroir devient une puissante image métaphorique pour illustrer le processus de recon-naissance et de construction de l’identité. C’est une étape décisive où l’enfant commence à s’insérer dans le monde symbolique, à percevoir sa propre image comme distincte des autres et à entamer le voyage complexe de la compréhension de soi.
Et la bonne nouvelle dans ce chapitre, c’est que les conséquences positives de ce stade persistent tout au long de la vie. Le fait de se reconnaître dans le miroir nourrit un sentiment d’unité (le 1), construisant ainsi les fondations de l’estime de soi, du Moi, et l’installation des bases de la subjectivité. L’enfant apprend à s’apprécier en tant qu’individu distinct, séparé des autres, ce qui est crucial pour développer un amour propre / construire son narcissisme. Bien que déjà dans le ventre, ce concept de narcissisme était déjà présent avec l’autoérotisme primaire intra-utérin (par le fait que le fœtus qui suce son pouce).

Dans l’annexe 1, on peut voir une zone verte entre 0 et 6 mois, indiquant un besoin de sécurité / soin important qui impacte l’estime de soi. Cela a son importance, car le stade oral permet à l’enfant une capitalisation de narcissisme distribué par sa mère, lorsque celle-ci répond à ses besoins. Le miroir va permettre de comprendre qu’en étant différent de sa mère, il pourra apprendre à s’aimer et en quelque sorte à être un peu plus autonome sur ce point (même si il restera très lié à elle).

Paradoxalement, prendre conscience qu’il est différent de sa mère lui infligera sa première blessure narcissique. Il comprend qu’il n’était pas si fort que ça, et « prouvera » à sa façon avec son entrée au stade anal, qu’il peut avoir du pouvoir.

J’en avais déjà parlé, mais je l’aborde cette fois-ci sous l’angle narcissique : l’enfant pourra sortir du narcissisme primaire en se confrontant à son idéal (son reflet) auquel il doit se mesurer. Cet idéal est l’Idéal du Moi selon Lacan, et semble différent de l’Idéal du Moi selon Freud qui lui sera en place après l’œdipe.

En acquérant la capacité de se détacher et d’investir d’autres objets, sa libido pourra se tourner vers autrui. Lacan pense que ce détachement sera possible si la mère laisse la place au Nom-du-Père (décrit plus haut). Autrement dit, il est possible que le stade du miroir ne « fonctionne » pas comme observé si la mère ne laisse pas la place au père. Par contre, si le stade du miroir réussi, cet investissement dans l’autre se métamorphosera en un processus d’identification, marquant ainsi la formation du Moi.

Enfin, il y a un lien entre le développement du langage et le stade du miroir, puisqu’en se percevant comme une entité distincte, l’enfant développe également la capacité de se distinguer verbalement des autres. Le langage devient alors un moyen d’exprimer cette nouvelle individualité, facilitant la communication avec le monde extérieur, et bien sûr les autres.

Résumons : Grâce au stade du miroir, l’enfant se tourne vers lui pour apprendre à s’aimer autrement que par les attentions de sa mère (même si il en a encore grandement besoin), pour ensuite pouvoir se tourner vers les autres.

Il sera à noter un point de divergence entre Lacan et Freud : pour Lacan l’enfant n’est pas blessé narcissiquement lors de la découverte de sa différence avec sa mère, mais est au contraire pris par une montée en puissance dans la découverte de son corps.

Quoi qu’il en soit on en revient au même : cela prépare l’enfant à s’engager de manière constructive avec le monde qui l’entoure si l’enfant arrive à se saisir du Nom-du-Père, avec l’assistance de la mère.

IV. Effets négatifs individuels et sociales à l’issue du stade du miroir

Pour introduire mon propos, je vais réexaminer une section du chapitre précédent qui aborde des aspects négatifs, antérieurs au stade du miroir.

Je parlais d’une phase importante repérée en vert sur l’annexe 1, de 0 à 6 mois. On le devine par notre sens de la logique : qu’importe l’âge de l’enfant, il aura toujours besoin d’amour et d’attention. Cette phase verte était cependant soulignée car, particulièrement à ce moment-là, si le nouveau-né ne dispose pas des conditions optimum, les conséquences pourraient être très graves et pourraient expliquer l’apparition d’une psychose, même si celle-ci ne se déclenchera que plus tard. Le manque d’amour quand le Moi n’est pas encore bien formé entraîne de graves problèmes. Un enfant ne se dira pas que sa mère ne l’aime pas assez, il se dira simplement que c’est de sa faute, et qu’il ne le mérite pas. À ce titre, une trop forte angoisse peut fixer la libido et freiner le développement ultérieur, engendrant une fixation.

En 2005, un article de lemonde.fr a évoqué un sujet similaire, en racontant une terrible expérience menée par l’empereur Frédéric II de Hohenstaufen au XIIIe siècle. Il souhaitait découvrir l’origine des langues. Il empêcha des nourrissons d’entendre toute parole, de recevoir quelques attentions que ce soit de la part de leur nourrice, si ce n’est que pour les nourrir. Le résultat fut sans appel : sans amour, sans attention ni contact, ni parole… ils moururent.

Mélanie Klein, dans son exploration de la phase œdipienne, soulignera l’importance vitale pour la mère d’avoir à sa disposition tous les éléments nécessaires pour susciter l’attachement de l’enfant. En l’absence de cette dimension affective, le développement mental de l’enfant pourrait être compromis, risquant ainsi de dévier vers des manifestations psychotiques (telles que l’autisme ou l’arrêt du développement corporel…).

Voici un petit bout d’explication scientifique du phénomène, récupérée de l’article de Le Monde :

« Ces observations sont, pour les psychologues américains, le signe que l’absence précoce de soins et d’affection altère le développement normal de la régulation de la vasopressine et de l’ocytocine : « Les perturbations de ce système pourraient interférer avec les effets calmants et réconfortants qui émergent entre les jeunes enfants et les proches qui leur procurent soin et affection. » Pour Angela Sirigu, de l’Institut des sciences cognitives de Lyon, il aurait été intéressant d’étudier des enfants adoptés dès la naissance, pour voir si c’est l’absence générale de soins ou celle de contacts maternels biologiques, qui explique ces déficits. Les chercheurs américains soulignent que tout n’est pas écrit : les différences individuelles sont marquées et ils n’excluent pas que des enfants « avec une réactivité hormonale plus basse » puissent in fine développer « des relations sociales satisfaisantes ».»

Prérequis pour le stade du miroir

Tout cela pour dire que le stade du miroir nécessite des prérequis, provenant d’un caring adéquat venant de la figure d’attachement principale.

Passons maintenant aux conséquences négatives individuelles à l’issue du stade du miroir, ou disons-le autrement : les défis qui se présenteront, à commencer par l’idéal du Moi qui apparaît dans le miroir.

Ce que j’avais dit dans le chapitre précédent peut se dire dans le sens inverse : si l’enfant parvient à établir une connexion positive avec son reflet, il obtiendra une certaine confiance en lui et une estime de lui. Mais si ce n’est pas le cas, il pourrait avoir du mal à reconnaître sa propre individualité, ce qui pourrait également affecter sa capacité à reconnaître et à respecter l’individualité des autres (aspect lié à l’altérité).

On pourrait résumer tout cela avec une équation simplifiée : si la mère aime et prend soin de son enfant, l’accompagne dans l’épreuve du miroir, et lui permet l’accès à son père, alors il pourra apprécier les autres et leurs différences. Si l’enfant ne s’aime pas, n’a pas accès à son individualité / est castré par une mère absente ou au contraire omniprésente (donc pas de père), il est possible qu’il ne puisse alors pas apprécier et respecter les autres dans leur individualité, altérité, diversité, etc.

J’ai commencé par parler d’une rencontre « normale » avec l’idéal dans le miroir. Basculons maintenant dans le côte du « trop ». Ce moment de rencontre avec l’idéal sert beaucoup à la construction de l’estime de soi. Mais si cette estime de soi est trop liée à cette image, l’individu pourra développer des problèmes à mesure qu’il vieillit. Exemples « softs » : j’ai pris une ride, des formes, …

Cette problématique individuelle a une conséquence sociale. En effet, les perceptions individuelles basées sur des images idéalisées peuvent logiquement affecter la manière dont les individus interagissent. Cela influence la dynamique des groupes sociaux, des communautés et pourrait intensifier les tensions sociales, contribuant à des attentes irréalistes et à des préjugés.

C’est un sacré défi pour celles et ceux qui avaient déjà une problématique liée à leur estime personnelle et intensifier leurs problèmes, jusqu’à entraîner des troubles psychologiques tels que l’anxiété, la dépression et des problèmes de santé mentale liés à l’apparence.

La société et ses normes

La télévision, les réseaux sociaux, les selfies à foison, les magazines people, le cinéma, et même les artistes contribuent au partage d’images idéalisées , et changent notre façon de nous percevoir selon nos formes, nos tailles et nos poids. Ces normes irréalistes de beauté et de comportement, conduisant à des comparaisons constantes entre l’image idéale et la réalité individuelle seront, en soi, persécutantes si on n’en fait pas parti.

Pourtant ces normes n’ont pas toujours été ainsi, et varient dans le temps. Par exemple durant la Renaissance, le poids corporel était souvent associé à la richesse. Aujourd’hui, c’est mal vu, voire même discriminé et stigmatisé.

Si on a la chance de faire partie de ce qui est toléré ou apprécié, en terme d’image de soi : sommes-nous pour autant les grands gagnants de ce modèle ? On peut se poser la question : quid du blocage au narcissisme primaire, constamment appelé par le regard de l’autre et cette société de l’image amenant la présence obligatoire de l’objet, rappelant d’une drôle de façon une des caractéristiques de la psychose décrite en amont ? Cela demande réflexion…

Au-delà de l’image corporel, il y a l’image psychique. Si l’individu s’attache excessivement à cette image, il peut rencontrer des difficultés à s’adapter aux changements de la vie et à embrasser de nouvelles facettes de son identité. En effet, nous changeons et évoluons tous les jours, et une rigidité psychologique pourrait entraver la croissance personnelle et la flexibilité nécessaire pour faire face aux défis qui se présenteront au cours de la vie.

Toutes ces conséquences individuelles négatives ne sont pas inévitables. Elles sont plutôt à voir comme des défis potentiels qui peuvent être influencés par des facteurs tels que le soutien social, l’éducation et les expériences de vie. Avoir conscience des risques peut faciliter le développement d’une estime de soi plus robuste et résiliente.

J’ai évoqué un peu avant la société et l’impact des préjugés qu’elle pouvait provoquer par les images qu’elle fait véhiculer par ses différents canaux. Une autre évolution sociétale a été observée, et influencerait les standards que nous connaissons de notre mode de vie occidental : il s’agit de la période d’identification rallongée à celui de la mère qui est plus importante qu’avant, et affecterait la recherche identitaire sexuelle. Si Lacan indique que le Nom-du-Père est primordial dans le développement de l’enfant pour son accès à la symbolique, les lignes précédentes indiquent que la place du père se trouve limitée (et je ne parle pas forcément du corps physique masculin, mais du rôle imaginaire tenu par la fonction du « Nom-du-Père » dans les couples).

Rôle père / mère en 2024

La différence des rôles Père / Mère a tendance à s’effacer, pour aller jusqu’à se ressembler. Des questions se posent alors par rapport au modèle « traditionnel », et son effet sur ce que nous connaissons aujourd’hui dans notre société :

– La garde partagée appliquée par les Juges des Affaires Familiales peut-elle être envisagée de par le fait que le père peut avoir un rôle qui se rapproche de celui de la mère ?
– Est-ce que la création et la multiplication des rayons cosmétiques pour hommes dans les commerces est une conséquence de cet effacement entre les rôles ?
– Est-ce que l’identité sexuelle flottante est une conséquence de ce rallongement ?

Pour conclure ce point en le nuançant, je vais citer un extrait d’un journal évoquant les travaux de Jacqueline Schaeffer et de Pascale Molinier :

J. Schaeffer insiste sur le fait que la construction identitaire est : progressive, continue tout au long de la vie, jamais acquise une fois pour toute. Les propos de Molinier vont dans ce sens : « Notre identité n’est jamais complètement assurée, elle a besoin d’être sans cesse re-confirmée essentiellement par le regard d’autrui … devenir comme les autres nous demande un effort, un travail de remaniement psychique qui implique désir et volonté ».

Passons sur un autre point. Voyons à présent ce qu’il se passe à l’issue de ce stade du miroir, qui est selon Lacan l’étape où on accède au symbolique. Que se passerait-il si l’individu n’accède pas au symbolique ?

Le symbolique

On l’a vu, le symbolique peut être considéré comme une sorte d’interface permettant la communication avec les autres et l’interprétation de l’environnement. On peut donc déduire que, si cette interface n’existe pas / est floue, l’individu pourra se retrouver avec des difficultés de communication. Si il y a difficulté de communication alors exprimer ses besoins, ses pensées et ses émotions pourrait ne pas se faire de manière adéquate. Par conséquent l’expression de ses besoins et de ses frustrations ne pourra pas se faire de manière adaptée, et cela pourrait conduire à des comportements perturbateurs voire même agressifs. On comprend donc pourquoi cela agit sur les relations interpersonnelles, les interactions sociales, le respect des normes sociales, etc… qui en somme ne seront pas satisfaisantes.

Le symbolique étant aussi lié aux calculs, à la sériation, à la réflexion : la manipulation d’idées abstraites et de concepts risque de ne pas pouvoir être possible / ou difficile. Cela impactera directement leurs capacités cognitives, et leurs résultats à l’école.

Pour conclure ce chapitre, j’aimerai parler de la formation d’identité fragmentée. Elle peut se manifester par une disjonction entre l’image que la personne a d’elle-même et sa perception réelle. Cela peut entraîner des difficultés à maintenir une cohérence et une stabilité dans l’expérience de soi. Les aspects de l’identité peuvent apparaître morcelés, contradictoires ou difficiles à intégrer.

Lors du stade du miroir, l’enfant se voit dans le miroir et commence à former une image de soi. Cependant, cette image n’est pas une réflexion précise de la réalité, mais plutôt une construction imaginaire. Si le processus du stade du miroir se déroule de manière perturbée, cela peut entraîner une identité fragmentée ou dysfonctionnelle.

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Résumons

J’ai souligné l’importance des premiers mois et la nécessité d’un caring adéquat, pour mettre en garde contre les conséquences graves d’un manque d’amour tout en soulignant l’impact que cela pourrait avoir sur la formation du Moi. J’ai mis en évidence l’importance de l’estime de soi et son lien avec la reconnaissance de l’individualité.

J’ai abordé les conséquences individuelles et sociales liées à une estime de soi trop liée à l’image corporelle, en analysant l’influence des médias et des normes de beauté. J’ai souligné les risques psychologiques liés à la comparaison constante à des images idéalisées, tout en incitant à une réflexion sur le modèle de notre société actuelle. Je pense avoir bien souligné la nécessité de développer une estime de soi robuste et résiliente pour permettre l’accès aux autres. J’ai examiné les évolutions sociétales telles que la prolongation de la période d’identification à la mère, la diminution des distinctions entre les rôles Père/Mère, et l’influence des modèles traditionnels sur la société moderne.

Enfin, j’ai exploré les conséquences de ne pas pouvoir accéder au symbolique selon Lacan, en mettant en lumière les défis que cela pourrait avoir sur la communication, les capacités cognitives, émotionnelles et scolaires de l’individu. Pour terminer, j’ai souligné les risques d’une identité fragmentée, caractérisée par des disjonctions entre l’image de soi et la réalité.

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V. Synthèse

Les premiers chapitres portent sur la description des stades du développement psychoaffectif humain élaboré par Freud, ainsi que leur temporalité. Au sein de ceux-ci, j’y ai positionné le stade du miroir développé par Lacan. Cette démarche selon moi permet d’apprécier ses conditions de mise en place puis, ses effets, qui sont la recherche de l’individuation au travers de lui par divers mécanismes durant son déroulement, et après. On peut ainsi comprendre ce qui permet la construction de notre Moi, et de notre identité complexe et multiple. Mes écrits alignent certains courants de pensées qui parfois s’opposent, et parfois se complètent.

J’aimerai poursuivre cette phrase avec une petite citation de Pierre Klossowski (philosophe, romancier) :

« Toute identité ne repose que sur le savoir d’un pensant en dehors de nous-mêmes – si tant est qu’il y ait un dehors et un dedans – un pensant qui consente du dehors à nous penser en tant que tel. Si c’est Dieu au-dedans comme au-dehors, au sens de la cohérence absolue, notre identité est pure grâce ; si c’est le monde ambiant, où tout commence et finit par la désignation, notre identité n’est que pure plaisanterie grammaticale. »

Le chapitre portant sur les effets négatifs individuels et social à l’issue du stade du miroir pourrait donner l’impression qu’il peut se passer beaucoup plus de choses négatives que positives à l’issue du stade du miroir, en étant bien plus long. J’aimerai me montrer rassurant en précisant qu’à mon sens, c’est plutôt parce qu’il y a plus de choses à dire ou à décrire quand le stade du miroir se passe mal. Tandis que lorsque l’issue est positive, ce n’est que pour pouvoir passer à la suite, et affronter les étapes de la vie qui surviendront alors avec les « outils standards » que la vie a pu donner, permettant aux plus chanceux d’entre nous de pouvoir ainsi comprendre les aspects sociaux essentiel pour promouvoir des interactions sociales positives, et la construction d’une société inclusive.

Nous avons tous nos petits problèmes. Le plus important est de les comprendre pour arriver à les gérer sans trop perdre d’énergie. Il est nécessaire, pour lutter contre les vicissitude la vie, de pouvoir développer une estime de soi robuste et résiliente, pour pouvoir se tourner vers les autres.

Cette impression sur la quantité d’effets négatifs à l’issue du stade du miroir est certainement dû au fait que j’ai omis de préciser bien des choses. Par exemple : en ce qui concerne les problèmes liés à l’accès du registre symbolique, c’est que « rien n’est joué à l’avance ». La précocité de l’intervention et du soutien disponibles des proches et professionnels peut changer en partie ce qui se joue durant le stade du miroir, et après. D’autres facteurs individuels et environnementaux peuvent également jouer en faveur de l’individus. Dans de nombreux cas, un soutien approprié, tel que des interventions éducatives et thérapeutiques, peut contribuer à atténuer ces difficultés et à favoriser le développement psychique de l’enfant.

Les interprétations conceptuelles listées dans ce devoir ne sont pas nécessairement des conclusions universelles. Le développement de l’identité est un processus complexe et multifactoriel, influencé par de nombreux facteurs, y compris les expériences vécues au stade du miroir et la manière dont l’individu interagit avec la diversité et l’altérité au fil du temps.

Cela permet de se remettre un peu de baume au cœur, n’est-ce pas ?

Annexes

Annexe 1 : Frise chronologique des stades de développement de l’enfant

Annexe 2 : Lecture des cours par chapitre

Annexe 3 : Apport supplémentaire à la réflexion sur l’identité

Annexe 1 : Frise chronologique des stades de développement de l’enfant

Frise chronologique des stades de développement de l'enfant

Annexe 2 : lecture des cours par chapitre

Lectures pour le chapitre I

Cours n°5 : La psychologie de l’enfant, en métapsychologie, de M. Hervé Madet

Cours n°8 : Stades de développement psycho-sexuel de l’enfant, en Psychopathologie, de M. Da-vid Faure

Lectures pour le chapitre II

Cours n°2 : Développement de l’enfant / Outil de compréhension et organisation cognitivo-sensorielle, en Psychopathologie, de M. David Faure

Cours n°9 : Le Moi Idéal et l’Idéal du Moi, en Métapsychologie, de M. Hervé Madet

Cours n°13 : À propos de Lacan, en Métapsychologie, de M. Hervé Madet.

Cours n°19 : Les psychoses, en Métapsychologie, de M. Hervé Madet

Lectures pour le chapitre III

Cours n°6 : Le complexe d’œdipe, en Métapsychologie, de M. Hervé Madet

Cours n°12 : Le narcissisme, en Métapsychologie, de M. Hervé Madet

Cours n°22 : Le complexe d’Œdipe de Mélanie Klein, en Métapsychologie, de M. Hervé Madet

Cours n°34 : Facteurs provoquant la fixation et la régression, en métapsychologie, de M. Hervé Madet

Lectures pour le chapitre IV

Cours n°6 : Le développement cognitivo-intellectuel de l’enfant de 7-12 ans – Le stade des opérations Concrètes, en Psychopathologie, de M. David Faure

Cours n°26 : Notions Lacaniennes Partie 1, en Psychopathologie, de M. David Faure

Cours n° 27 : Notions Lacanienne Partie 2, en Psychopathologie, de M. David Faure

Cours n°13 : À propos de Lacan, en Métapsychologie, de M. Hervé Madet

Cours n°34 : Facteurs provoquant la fixation et la régression, en Métapsychologie, de M. Hervé Madet

Annexe 3 : Apport supplémentaire à la réflexion sur l’identité

Extrait de la revue Rue Descartes 2009 :
https://www.cairn.info/revue-rue-descartes-2009-4-page-2.htm

Question encore, parmi beaucoup d’autres : l’identité, n’est-ce pas finalement un faux pro-blème, une posture, voire un mythe social ? Clément Rosset n’est pas loin de l’affirmer quand il analyse ce qu’il nomme le « sentiment de l’identité ». Se pourrait-il que seule existe l’identité so-ciale, garante de la cohésion et de la synthèse de chacun d’entre nous ? Ne sommes-nous pas cons-titués, comme déjà Proust l’explorait tout au long de sa Recherche, d’un agrégat aléatoire de quali-tés, reconnues ou pas, au hasard de l’humeur de nos proches, de l’aléa des rencontres, des âges de la vie ? Finissons-en alors avec la hantise de soi, suggère le philosophe, cette illusion d’une identi-té personnelle qui me définirait comme « un ». Que reste-t-il alors ? La personnalité sociale : « le plus sûr registre que nous puissions consulter pour nous assurer de la consistance et de la continuité de ce moi. » (Clément Rosset, Loin de moi ; étude sur l’identité, 1999)

Si la croyance en une identité personnelle est inutile à la vie, elle est en revanche indispen-sable, souligne-t-il pour finir, à toute conception morale de la vie. C’est aussi, comme il le rappelle, ce que soutenait Paul Ricœur, à la fin de son livre Soi-même comme un autre, en appelant au « maintien de soi », à la fois comme continuité et comme posture morale.

Il se peut cependant que, mieux que les philosophes ou les analystes, les artistes soient à même de nous aider à réinventer un rapport créateur à la fragmentation identitaire, non plus comme fermeture crispée, angoisse ou douleur, mais comme rire et jouissance. Plus que tout autre, l’art moderne (la littérature, le théâtre, la musique…) joue de la fragmentation, de la ruine, du dis-cord ; il les apprivoise et les fait vivre, en produit l’analyse. Il est possible alors que cette aptitude à la fragmentation, à la dissociation (autre nom de l’analyse) soit la chance des sujets modernes – non dans l’ajustement supposé aux cadres que suscitent ou accueillent les lois du marché mais dans l’invention d’une mobilité physique, cérébrale et psychique qui ne relève plus de l’identification (rien de tout cela ne me ressemble, je ne m’y retrouve pas, je ne m’y reconnais pas comme sujet total, unifié, doué d’une identité) mais du transfert – au sens aussi bien analytique du terme, au-trement dit, d’un déplacement.

Identité, donc. Identités. La question que nous avons souhaité poser dans ce numéro est celle des identités personnelles et collectives, fragmentaires et plurielles ; identités culturelles, nationales, mémorielles, sexuelles, linguistiques. Quelles appartenances pour quel vivre-ensemble à réinventer ? Comment affronter la question du comme, du commun, en suggérant de nouvelles formes collectives d’identification, hors suivisme grégaire, hors totalitarisme… (hors soumission aux lois du capitalisme mondialisé si l’on y tient) ? Ce titre, « Changer l’identité ? » fut suggéré par Mathieu Potte-Bonneville. Il ne signifie nullement, on l’aura compris : « changer d’identité ».

La question n’est pas celle d’une modification du statut identitaire des personnes, qu’il soit social, juridique ou sexuel, par exemple. Il suggère plutôt la mise en question de la notion même d’identité sous tous ses aspects. L’identité est donc une notion à interroger, à changer peut-être et qu’il nous est apparu nécessaire d’interroger à nouveau.

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